%ardi 19 mai après-midi, l’association Itinéraires a accueilli un atelier de sensibilisation consacré aux dérives sectaires et aux phénomènes d’emprise. Organisée par le collectif « Ensemble on fait quoi? », cette rencontre était animée par le CAFFES (Centre d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire).
Les échanges étaient menés par Audrey Foulon, directrice du CAFFES, et Romane Merveaux, chargée d’accompagnement familial et de prévention. Dans la salle : des jeunes et des parents accompagnés par différents services de l’association Itinéraires – MAJYC, Atout Parent et le Club de prévention spécialisée.
Cette intervention s’inscrit dans la continuité d’une conférence organisée le 11 février dernier à l’IRTS, à destination des professionnels, autour de la compréhension des mécanismes des dérives sectaires et des moyens de prévention.
Comprendre comment fonctionne l’emprise
L’atelier a débuté par une question simple adressée aux participants : « Qu’est-ce que le terme de secte vous évoque ? » Très vite, les échanges se sont engagés entre les jeunes, les parents et les intervenantes.
L’objectif de cette rencontre : apprendre à reconnaître une dérive sectaire et une tentative de manipulation, mais aussi comprendre les mécanismes qui conduisent progressivement à l’emprise.
Audrey Foulon et Romane Merveaux ont rappelé qu’une dérive sectaire débute souvent par un objectif présenté comme positif ou valorisant : améliorer sa santé, s’engager dans l’humanitaire, réussir dans le sport, le développement personnel, le trading ou encore trouver des réponses spirituelles.
« Cela commence toujours par quelque chose de séduisant, expliquent-elles. Puis, progressivement, les pratiques deviennent déviantes : le groupe prend l’argent de la personne, son temps, ses relations sociales, parfois jusqu’à son identité même."
Les intervenantes ont détaillé les ingrédients récurrents de ces phénomènes d’emprise :
- un leader ;
- une idée ou une promesse forte ;
- une proposition attractive qui joue sur les centres d’intérêt ;
- des mécanismes de séduction ;
- puis de la manipulation psychologique.
Des exemples qui parlent aux jeunes
Dans la salle, les réactions sont nombreuses. Les jeunes partagent spontanément des exemples vus sur les réseaux sociaux.
L’une d’entre eux évoque le cas de l’influenceuse Ophenya, signalée à la justice pour des dérives sectaires. Les participants rappellent qu’elle s’était initialement fait connaître pour son engagement contre le harcèlement scolaire, dont elle disait avoir elle-même été victime. Mais derrière ce discours d’aide et de soutien, les pratiques ont progressivement dérivé : promotion d’une application mettant en relation des mineurs et des majeurs, lives avec des mineurs, ou encore relation d’emprise avec sa communauté, qui l’appelait « Maman ».
Un autre jeune cite les figures masculinistes Alex Hitchens et Andrew Tate. Audrey Foulon et Romane Merveaux rappellent alors la définition du masculinisme : des discours portés par des hommes considérant que le féminisme serait « allé trop loin », souvent construits sur une rhétorique de haine ou de domination envers les femmes.
Les intervenantes expliquent que les mécanismes d’emprise sont toujours similaires : le recruteur valorise d’abord la personne, puis la rabaisse progressivement, alternant en permanence le « chaud » et le « froid » jusqu’à la déstabiliser.
« Les psychologues rapprochent ces comportements de ceux des pervers manipulateurs », souligne Audrey Foulon.
Radicalisation, complotisme : des portes d’entrée possibles
Au fil des échanges, le sujet de la radicalisation religieuse est également abordé. Les intervenantes rappellent que les mêmes mécanismes sont souvent à l’œuvre : séduction, endoctrinement, isolement progressif, rupture avec la famille, les amis ou le travail.
Audrey Foulon partage l’exemple d’une jeune fille accompagnée par le CAFFES. Au départ, celle-ci cherchait simplement à mieux connaître l’islam dans le cadre d’une quête spirituelle personnelle. En se renseignant sur Internet, elle a finalement été recrutée dans un processus de radicalisation qui l’a conduite vers des projets violents totalement éloignés de sa démarche initiale.
Le complotisme est également évoqué par le public. « En soi, ce n’est pas une dérive sectaire », précisent les intervenantes, « mais cela peut constituer une porte d’entrée ».
« Il n’existe pas de profil type »
Une question revient rapidement dans les échanges : existe-t-il un profil type des victimes d’emprise sectaire ?
La réponse du CAFFES est claire : non.
« Cela peut arriver à tout âge, à tout sexe et dans tous les milieux sociaux », rappelle Audrey Foulon. « À un moment de sa vie, chacun peut se poser des questions ou traverser une période de doute. Les recruteurs prétendent justement apporter des réponses à ces questionnements. »
Les intervenantes insistent sur un point important : l’emprise sectaire n’est pas uniquement liée à une fragilité psychologique. Les portes d’entrée peuvent être multiples : le sport, la santé, la politique, les réseaux sociaux, le développement personnel ou encore la spiritualité.
Audrey Foulon appelle ainsi à la vigilance, notamment sur Internet et les réseaux sociaux :
« Faites toujours attention à ce qu’on vous propose, notamment sur les réseaux sociaux. Méfiez-vous des pseudo-coachs et des promesses trop séduisantes. »
Elle rappelle également qu’environ 800 mouvements sectaires sont aujourd’hui recensés en France, tout en précisant qu’il ne s’agit probablement que de la partie émergée de l’iceberg.
Maintenir le lien avec les personnes sous emprise
Parmi les questions abordées figure aussi celle de la transmission religieuse dans les familles. Audrey Foulon explique que la différence entre une croyance religieuse et une emprise sectaire réside notamment dans la liberté laissée à la personne.
« Si quelqu’un décide à votre place, s’il vous empêche de choisir ou de réfléchir librement, on entre déjà dans un mécanisme de manipulation », résume-t-elle.
Enfin, les intervenantes délivrent un message essentiel aux familles confrontées à une situation d’emprise : ne jamais rompre le lien avec la personne concernée.
Il est important de continuer à échanger, de poser des questions, de rappeler à la personne ce qu’elle aimait auparavant, ses projets, ses relations et ses repères d’avant.
« Ce lien peut devenir le point d’appui auquel la personne se raccrochera plus tard », insiste Audrey Foulon.
Le CAFFES rappelle également qu’il ne faut jamais rester seul face à ces situations et qu’il existe des structures spécialisées pour accompagner les familles et les proches confrontés à des phénomènes d’emprise.
À travers cet atelier participatif, jeunes et parents ont pu mettre des mots sur des mécanismes parfois difficiles à identifier, mais aujourd’hui largement présents dans notre société et sur les réseaux sociaux.


